Le président du Parti radical de gauche veut voir dans l’histoire d’un ancien consul de Rome une des clés pour contrer l’extrême droite en 2027.
Ne nous trompons pas, la France est entrée dans une crise historique qui dépasse la politique. Pulsions de mort, envie de détruire : la détestation prend chaque jour la place du débat. Au comble des tensions, le 23 octobre dernier, à Trappes et à La Verrière, un homme, depuis mis en examen pour crime terroriste raciste, a tiré en rafale sur des passants, tuant une personne et en blessant cinq, dont une fillette de douze ans… Chacun sent que la guerre civile est proche quand, comme certains irresponsables, on en vient à compter les morts en fonction de leur couleur de peau.
La crise que nous traversons est sévère car elle est celle d’un pays devenu faible, où l’on demande au peuple des efforts sans lui dire à quoi ils servent, où nos créanciers nous font chaque jour sentir que la signature de la France devient risquée à mesure que la croissance s’étiole et où les pays voisins nous voient comme l’homme malade de l’Europe, sans dynamique, ni stabilité. Alors disons la vérité, qu’on le veuille ou non. À ce stade de la campagne présidentielle, les sondages se succèdent et disent la même chose : le camp républicain, depuis la droite de gouvernement jusqu’à la gauche de gouvernement, ne répond pas à l’urgence.
Il s’apprête à partir dispersé, en une demi-douzaine de candidatures dont aucune aujourd’hui n’est en mesure de battre l’extrême droite. Or on ne bat pas l’extrême droite en cherchant seulement à l’empêcher de gagner, mais en donnant aux Français une raison de choisir autre chose. C’est bien d’une victoire dont nous avons besoin. Celle qui devra réparer la France et la relever pour que nos enfants disposent des moyens de tenir leur avenir. Seule une candidature de rassemblement capable de porter ce grand changement pourra l’emporter. On nous répondra : les primaires.
À gauche, elle a eu lieu, et ce fut un bel exercice pour Raphaël Glucksmann. Au centre, l’idée d’une primaire se heurte à un blocage. Le chef de l’État ne souhaite, tout au plus, que l’unité des porteurs de son bilan dans un paysage devenu tripartite. Un souhait n’est pas une méthode. Chaque famille politique règle ses comptes chez elle, et personne ne réfléchit avec les autres. Mais rien de cela ne change l’essentiel alors qu’il faut un grand changement, et pour le porter, un candidat pour un seul mandat. On nous objectera que ce serait confisquer le choix des Français.
En multipliant les candidatures, le camp républicain prive les Français d’une véritable alternative à l’extrême droite. La division actuelle leur impose par irresponsabilité un second tour qui, d’illusions en fractures, mènera vers l’impasse et l’aggravation du chaos. La Rome antique a connu de tels moments. En 458 avant notre ère, la République vacille. Le Sénat va chercher un ancien consul, Cincinnatus, retiré des affaires. Il accepte la charge, sauve Rome, dépose le pouvoir et retourne à ses champs. Il nous faut aujourd’hui ce républicain capable de gagner la confiance des Français, d’accepter de servir quand on l’appelle et de partir une fois sa tâche accomplie.
Gouverner sans avoir à préparer sa réélection, c’est rendre au pouvoir sa juste nature, celle d’une responsabilité qu’on exerce au service du pays. On ne peut pas appeler à un choix collectif tout en se plaçant soi-même dans la compétition. Je propose donc aux responsables de partis, de groupes parlementaires ou d’associations d’élus locaux, et à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la République de se réunir dans la ville de Bourg-en-Bresse. Loin des jeux d’appareils de la capitale, à l’abri de la pression de l’instant et des réseaux sociaux.
Courage et humilité
Ce conclave républicain doit permettre une délibération rigoureuse et à la hauteur de l’enjeu pour partager le même diagnostic avant de désigner, ensemble, la personnalité qui recherchera le mandat des Français. Faire émerger une coalition des engagés, rassemblés par un constat commun, un même attachement à la République et la volonté de permettre à la France de retrouver sa capacité d’agir. Le Parti radical de gauche est un petit parti, mais il porte la grande histoire du radicalisme républicain.
