Discours de session : « Il est impératif d’améliorer la prévention, la pédagogie, le dialogue »

Laïcité

Lors de la session du Conseil général d’Illet-et-Vilaine, Christophe Martins, président du groupe RSDR, est revenu sur les attaques terroristes qui ont marqué le début d’année. Il a rappelé dans son discours l’importance des valeurs qui fondent notre République, aujourd’hui questionnées : la liberté de la presse et la Laïcité.

Monsieur le Président,

Mesdames et messieurs,
Mes chers Collègues,

Pour commencer je voudrais vous souhaiter à toutes et à tous, une très bonne année. Une année sereine, heureuse. Une année dessinée par l’enthousiasme, par la solidarité pour chacune et chacun d’entre vous.

C’est avec beaucoup d’émotion que je veux rendre hommage à mon tour aux victimes du fanatisme. Nous sortons peu à peu de la sidération dans laquelle nous avons été plongés et je crois que le temps de l’horreur doit laisser place à l’analyse.

Il y a deux semaines la France a connu l’un des attentats les plus traumatisants de son histoire. Traumatisant à plusieurs égards : d’abord parce que c’est la presse qui a été attaquée alors que la liberté de la presse est l’un des principes fondamentaux de notre République. Déjà garantie par la Déclaration des droits de l’homme de 1789, elle était consacrée sous la Troisième République en 1881. On dit d’elle qu’elle est le 4e pouvoir : celui qui peut faire tomber des gouvernements et éclairer l’opinion, critiquer, démontrer ou tourner en dérision. La presse fait partie de notre histoire, je pense par exemple au célèbre « J’accuse » de Zola publié dans l’Aurore, dénonçant le verdict qui condamnait Dreyfus. Je pense aussi à ces médias comme Mediapart qui, par leur travail d’investigation, font éclater la vérité sur les pratiques illégales ou les politiciens véreux. Sans presse libre, pas de démocratie.

Traumatisant aussi parce que cette fois l’attaque ne vient pas de l’étranger, elle a été commise par des jeunes Français.
Si l’on dit que l’islamisme est le cancer de l’islam, nous devons regarder la réalité en face : le fanatisme est aussi le produit de notre société, l’échec de notre modèle républicain. On entend ici et là crier les loups, les charognards, qui brandissent le repli sur nous-même comme rempart à l’intégrisme, il faudrait fermer Schengen : faudrait-il donc installer des barrières douanières entre Montrouge et porte de Vincennes pour nous prémunir contre le terrorisme ? Comme d’habitude, ce sont toujours les mêmes qui nous vendent des solutions simplistes dont on sait qu’elles sont inefficaces.

Cette montée de la haine et de l’utilisation de la peur de l’autre, de la différence, est de plus en plus décomplexée et n’est plus confinée à quelques cercles extrémistes marginalisés.
Nous devons mettre un terme à ce « business de la haine » qui fait de l’islamophobie un puissant levier d’enrichissement pour des citoyens peu scrupuleux. Dès lors, il faut cesser d’agiter les dangers d’une immigration qui fonde pourtant l’identité de notre République et qui est bénéfique à notre économie. Plus encore, il est criminel de prétendre que les musulmans sont un danger pour la République car l’immense majorité des musulmans de France condamne l’islamisme radical et souffre terriblement que des mouvements extrémistes se réclament de l’islam alors qu’ils défendent des visions dévoyées et fanatisées de cette religion.

Ces deux phénomènes, qui se nourrissent l’un de l’autre, sont d’une dimension évidemment bien différente mais participent à un même retour de l’obscurantisme et de l’intolérance ; ils doivent tous deux être combattus pied à pied, au quotidien, sans relâche.

Le pire serait d’accepter de perdre un peu de notre liberté au nom de notre sécurité. Ainsi Benjamin Franklin disait-il qu’ «Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux ».
Au contraire, je veux nous éclairer par les mots du maire d’Oslo prononcés après le massacre d’Utoya. Il a dit : «J’ai un message pour celui qui nous a attaqués et pour ceux qui sont derrière tout ça : vous ne nous détruirez pas. Vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur. Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance.»
Je crois que nous trouverons les remèdes à nos maux en reconstruisant nos principes : rappelons-nous que la République ne s’est pas faite en un jour. Rappelons-nous que la 3e République, celle qui a fondé notre régime et l’a ancré dans la durée, n’est née en 1871 que de la division des deux camps monarchistes, son avènement n’est pas naturel. Il a donc fallu des décennies d’acculturation républicaine, notamment par l’école et ses hussards noirs. Alors peut-être est-il nécessaire d’entreprendre de nouveau ce travail de réhabilitation de l’idéal des Lumières : le refus de l’obscurantisme, de la vérité révélée, la supériorité de la démonstration scientifique, la séparation de la religion et du pouvoir, l’égalité des citoyens quels que soit leur origine, leur sexe, leur classe sociale.

Parmi ceux-ci, je voudrais insister sur celui qui nous est cher, au groupe radical : la laïcité. Il y a plus d’un siècle nous érigions la sécularisation de l’Etat en principe fondamental. En 2012, François Hollande promettait de l’inscrire dans la Constitution. Peut-être est-il temps de tenir cette promesse. La laïcité, c’est ce qui nous permet de vivre tous ensemble, c’est le droit d’être différents, de penser différemment, de forger ses propres jugements. Jean Rostand écrivait qu’  » être laïque, c’est former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler « .

Ainsi, la laïcité doit être réaffirmée avec force. Nous devons refuser toute volonté, velléité, incitation à ce que des règles religieuses puissent prévaloir sur la loi établie par le peuple. Mais ce rappel sans faiblesse de ce qui fonde notre socle de vie en commun doit s’adresser à tous et pas seulement à quelques-uns. Comment des maires ont-ils pu ériger des crèches pendant la période de fin d’année dans l’espace républicain ? Quelle crédibilité ensuite pour exiger des autres une éthique de comportement laïc ?

Avant l’heure, Victor Hugo dans son intervention à l’Assemblée nationale du 15 janvier 1850, au moment des débats préliminaires au vote de la loi Falloux, a donné sa conception de l’Etat laïque, s’abstenant de se mêler des choses de l’église, en même temps qu’il demandait à l’église de s’abstenir de se mêler des choses de l’Etat : « je veux l’église chez elle et l’Etat chez lui […] je veux l’Etat laïque, purement laïque ».

Dans son discours en décembre 2007 au Latran,  Nicolas Sarkozy préférant l’action éducative du prêtre à celle de l’instituteur suggérait une laïcité positive, or  la logique voudrait qu’à l’inverse elle puisse être négative, ce qui serait absurde. Viendrait-il à l’esprit que la liberté, l’égalité, puissent être négatives ?

La laïcité est notre force, notre richesse, elle ne peut pas être un étendard qui sert à discriminer certaines religions parce que les conséquences de cette forme d’exclusion sont terribles.

L’école notamment, doit rester un sanctuaire hors des passions humaines. C’est tout le sens de la circulaire du 31 décembre 1936 de Jean Zay, alors Ministre radical qui devrait prochainement trouver place au Panthéon : « les écoles doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ».

Il est impératif d’améliorer la prévention, la pédagogie, le dialogue au sein de nos écoles, de nos banlieues, de nos prisons, de nos associations culturelles et sportives. Il en va de la survie de nos valeurs, de notre modèle politique et social et surtout de notre capacité à vivre ensemble dans une société apaisée et sûre, propice au progrès humain et à l’épanouissement personnel et collectif.

Je voudrais terminer mon propos en vous faisant part d’une situation que l’on m’a rapportée. Saviez-vous que sur la commune de Trappes, certaines femmes préfèrent accoucher dans les hôpitaux des communes limitrophes pour éviter que Trappes n’apparaisse comme le lieu de naissance de leurs enfants, comme un fardeau qui les stigmatiserait pour toujours ? Comment avons-nous pu en arriver là ?
Y a-t-il en France des territoires à ce point exclus qu’ils font honte à ceux qui y vivent ? Il est urgent de nous interroger et de nous poser les bonnes questions sans quoi demain nos jeunes Français ne seront pas Charlie.

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