Conseil général : « l’action politique doit nous conduire encore et encore à combattre les inégalités »

Christophe Martins est intervenu lors de la session de rentrée du Conseil général au nom du groupe RSDR. Evoquant les crises internationales, la perte de confiance dans l’avenir, il est revenu longuement sur le besoin de plus d’égalité. La publication du dernier baromètre annuel Trajectoires/Afev sur les modes de vie inégaux des enfants le rappelle. Tout en louant l’action du Conseil général à destination des plus jeunes, Christophe Martins s’interroge sur les conséquences des 50 milliards d’euros de réduction de la dépense publique d’ici à 2017 sur la qualité des services publics et l’impératif de justice sociale.

 

Monsieur le Président,
Mesdames, messieurs les Conseillers généraux,
Mesdames, Messieurs,

 

Nous nous retrouvons en ce mois de septembre après un été chaotique pour les quatre coins du monde. Je voudrais que nous commencions cette session avec une pensée pour le peuple palestinien, pris en étau entre un Hamas extrémiste et un état israélien jusque-boutiste qui viole quotidiennement le droit international par ses ripostes disproportionnées et ses ambitions coloniales. Près de 2000 palestiniens ont été massacrés cet été par l’opération Bordures protectrices.

Une pensée aussi pour les populations irakiennes et syriennes : les chrétiens, les musulmans, les yézidis assassinés et chassés sur l’autel du fanatisme religieux. Fanatisme qui frappe nos propres familles comme en témoigne la décapitation de  l’otage français Hervé Gourdel, hier.

Fanatisme qui frappe aussi l’Irak dont je n’oublie pas qu’il a été l’enjeu de nombreuses disputes coloniales entre les deux guerres, administré par l’empire britannique à partir de 1920 puis occupé dès 2003 par les Etats-Unis. Empêtrées dans les conflits confessionnels, les puissances occidentales ont été incapables d’apporter les réponses politiques qui préviennent les rancœurs des uns ou des autres, d’où la progression fulgurante du groupe terroriste de l’Etat islamique. A trop jouer avec le feu, on se brûle.

Je veux pour autant saluer la décision de la France de rejoindre la coalition contre la barbarie. On ne peut laisser prospérer plus longtemps un état qui sera demain un ventre fécond d’où sortiront des bombes humaines. L’Etat islamique est une gangrène qui se nourrit du désespoir, y compris de celui de certains de nos jeunes Français. Le soutien récent d’Al Qaïda à l’Etat islamique est un signal très inquiétant pour toutes les démocraties et pour les états laïques : l’intégrisme coalisé est une menace qu’il convient de combattre intelligemment, évidemment dans le respect des peuples, en apportant des solutions politiques séculaires.

Les départs de certains de nos jeunes pour le Califat islamique sont les témoins d’une société en délitement, d’une jeunesse en mal de repères, épuisée par des perspectives moroses et livrée aux phénomènes sectaires.

Nous avons dès lors la désagréable impression que, de jour en jour, la planète s’embrase de conflits d’abord régionaux, puis nationaux, enfin internationaux. C’est d’ailleurs ce que nous enseigne l’institut Heidelberg qui montre que nous sommes passés de 83 conflits sur la planète en 1946 à  414 en 2013. Le nombre de ces conflits n’a jamais cessé d’augmenter. Tous les continents sont touchés.

***

Société déboussolée par une crise qui dure, mais aussi par une forme de pessimisme profond qui dessine un avenir sombre alors que la France a encore beaucoup d’atouts. Ainsi, quelques 80 % des jeunes Français ne sont pas «confiants» vis-à-vis de la «situation économique du pays dans les dix prochaines années » Société désabusée aussi, car le citoyen a l’impression d’avoir tout essayé, y compris en politique, la droite…la gauche…. Champions d’Europe de la dramatisation, nous sommes, nous, Français, constamment alimentés par cette idée persistante selon laquelle nous serions condamnés à un déclin inéluctable.

Alors, bien sûr, il n’est pas question ici de dire que tout va bien : les indicateurs économiques sont au rouge écarlate, la confiance dans notre système politique se fissure un peu plus chaque jour mais au regard des souffrances humaines constatées sur d’autres continents, nous avons bien des raisons d’espérer et de croire que nous sommes capables de relever les défis qui nous attendent.

Et des défis, il y en a : la réforme territoriale en est un. En préparant ce discours, nous nous sommes longtemps interrogés sur la pertinence d’évoquer cette réforme territoriale tant le contexte institutionnel est mouvant. Sans doute faut-il que nous en parlions, puisque nous sommes parmi les premiers concernés. Mais ne nous méprenons pas, il me semble que nos concitoyens ne sont préoccupés ni par la disparition des départements ni par les transferts de compétences. Ce qui leur importe, c’est de savoir si le car scolaire passera demain près de chez eux, si la salle polyvalente de telle commune pourra voir le jour, s’il y aura assez d’offre d’accueil pour les jeunes enfants… Bref, si les services publics seront toujours de qualité.

Et pour répondre à cette question, je crois devoir être honnête avec vous : je m’interroge sur les 50 milliards de réduction des dépenses annoncées d’ici à 2017. Je ne vois pas comment nous pourrions supprimer quasiment l’équivalent du coût du ministère de l’Education nationale sans mettre à mal notre modèle social. Si ce n’est d’aller vers plus de mutualisation avec nos collègues Européen.

Je voudrais surtout rappeler qu’un Big Bang territorial ne saurait être engagé dans la précipitation et qu’il ne doit pas être réalisé au regard d’un seul objectif comptable.

L’enjeu est semble-t-il ailleurs : comment assurer des services publics plus performants, de meilleure qualité tout en optimisant les dépenses ? Cela s’appelle l’efficience. Il aurait été sage de regarder tout cela plus sereinement, de réfléchir à un véritable acte de décentralisation et non de réorganisation des compétences, d’envisager une meilleure péréquation, une meilleure progressivité des impôts locaux. Bref, il y a beaucoup à faire mais je crois qu’à la vue de nos rapports de septembre, la pertinence de l’échelon départementale ne fait pas de doute.

C’est d’ailleurs pour cela que les radicaux ont défendu cet échelon notamment en milieu rural.

Pendant cette session, nous allons nous exprimer sur le cahier d’acteurs commun avec le département de Loire Atlantique au sujet des liaisons nouvelles Ouest Bretagne Pays de la Loire, projet qui, quel que soit le scénario retenu, impactera notre territoire bretillien comme aucun autre en terme d’emprises foncières. Avec le Conseil général du 44, nous avons donc voulu parler d’une même voix pour intervenir dans le débat public et rappeler nos priorités. Parce que nous ne sommes ni une métropole, qui pourrait être tentée de se focaliser sur les liaisons inter-métropolitaines, ni une région qui ne profiterait pas de notre vision de proximité pour pouvoir identifier les enjeux, notamment en matière de desserte locale, le département est, à notre sens, le niveau le mieux placé pour défendre une vision équilibrée de ce projet d’ampleur pour l’Ille-et-Vilaine.

Mais il l’est aussi pour d’autres infrastructures de proximité comme les routes. En fait, le Département est encore, à mon avis, un échelon cohérent pour l’aménagement du territoire.

Aménagement du territoire et proximité, c’est d’ailleurs, Monsieur le Président, ce que vous prenez en compte pour  étudier une modification du règlement des transports scolaires.

La règle qui interdit le transport scolaire si l’enfant est domicilié à moins de 3  km de son  établissement mérite un assouplissement ou, tout au moins, une étude sérieuse et cela dans l’intérêt des familles.

Nous nous réjouissons de cette décision très attendue.

Car il est vrai que nous ne sommes pas tous à égalité dans le département, comme nous ne sommes pas tous nés avec les mêmes chances et conditions de réussites.

Ainsi, le  baromètre annuel Trajectoires/Afev publié hier à  l’occasion de la 7e Journée du refus de l’échec scolaire montre que les familles dont les enfants sont scolarisés en zone d’éducation prioritaire sont moins armées pour répondre aux exigences de l’école que les autres. Les écoliers scolarisés en ZEP sont 41,5% à ne jamais bénéficier de l’aide de leurs parents pour les devoirs, contre 28,5% chez les enfants de milieux plus favorisés. Les enfants de ZEP dorment moins et sont moins nombreux à prendre un petit déjeuner avant d’aller à l’école. Ce mode de vie « diminue leurs capacités d’attention et de concentration à l’école », ils sont « dans des conditions d’apprentissage moins favorables« .

L’action politique doit, malgré la crise, nous conduire encore et encore à combattre ces inégalités.  Et le premier lieu au sein duquel l’action publique doit être poursuivie, accélérée, accompagnée, est bien sur l’école primaire. Sur ce point, je crois que le Département a raison d’aider financièrement les communes mais je crois que nous aurions raison de prévoir une évaluation de cette aide spécifique pour justement s’assurer de la bonne utilisation des deniers publics à la faveur de ceux qui en ont le plus besoin.  L’aide au final est bien pour les enfants et non pour les communes.

Parce que l’égalité est à mon sens le plus beau des projets, nous sommes fiers d’appartenir à une majorité départementale qui en fait son cheval de bataille quotidien, en conditionnant l’aide allouée aux écoles de musique à la représentativité sociale ou en généralisant le Parler Bambin, parce que le vocabulaire est une arme dont on ne peut se passer.

J’ai la conviction que l’égalité réelle se construit sans cesse et que, sur cette question, nous ne devrons rien lâcher parce que sans l’égalité, la République n’est qu’un mot.

Mes chers collègues, je ne veux pas être plus long, je vous remercie pour votre attention et vous souhaite une bonne session.

 

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