2014 : entre commémoration et mobilisation générale

Les élus du Conseil général d’Ille-et-Vilaine sont réunis en session, consacrée notamment aux orientations budgétaires pour 2014. Christophe Martins a présenté, au nom du groupe RSDR, ses espoirs pour 2014 : embauche par les entreprises, soutien à l’innovation. Mais aussi le respect et la promotion  des libertés individuelles, des droits des femmes et de la dignité humaine, aujourd’hui menacés. En cette année de commémoration, nous sommes en droit de réclamer une mobilisation générale, en particulier de la part du patronat.

Monsieur le Président,
Mesdames, messieurs les Conseillers généraux,
Mesdames, messieurs,

Je voudrais commencer par vous souhaiter à toutes et à tous une excellente année 2014. Cette nouvelle année, comme les 6 dernières années, est une année dans la tempête pour bon nombre de citoyens. C’est une année pour le moins symbolique, à la croisée des chemins.

En effet, 2014 est l’année de la commémoration du centenaire du début de la Grande guerre, ainsi que des 70 ans de la Libération. Nous nous souvenons donc cette année des horreurs commises au nom d’une haine féroce. Ces souvenirs doivent nous interpeller sur notre présent. Churchill disait ainsi qu’un peuple qui ne se souvient pas de son passé est condamné à le revivre. À l’heure de la montée des populismes et du retour des conservatismes les plus sordides, cet adage raisonne comme une menace.

Rappelons-nous aussi que la guerre 14-18 ne fut gagnée qu’avec l’aide des alliés.

Comment oublier les 430 000 soldats venant de toutes les colonies de l’Afrique à l’Asie du Sud et qui ont pris part à une guerre qui aurait pu ne pas être la leur.

En première ligne de la bataille de la Marne on trouvait des Maliens, en première ligne du Chemin des Dames on retrouvait des tirailleurs Marocains et Sénégalais, des zouaves Algériens.

Comment oublier les Américains, les Anglais, des Russes mais aussi des Canadiens, des Australiens, des Néo-Zélandais, des Grecs, des Portugais venus de si loin mourir sur le sol de France.

Mais il y eut aussi les alliés de l’Intérieur, à commencer par les femmes. Les femmes dans les champs, les femmes dans les usines d’armement, les femmes dans les hôpitaux, les femmes dans les écoles, les femmes qui ont accueilli les populations qui fuyaient la guerre, des Belges d’abord, puis toutes celles des territoires envahis. Y sont nées un certain nombre de revendications, un désir de droits, de reconnaissance, notamment pour les femmes.

 

Et pourtant ce n’est qu’en 1944 que la Nation donnera le droit de vote aux femmes. Il faudra attendre 1965 pour que les femmes mariées puissent exercer une profession sans l’autorisation de leur mari. 1972, pour la reconnaissance du principe « à travail égal, salaire égal ». 1975, pour l’Interruption Volontaire de Grossesse. Que de luttes et de combats… et pourtant, en 2014, certains de ces acquis sont menacés.

femme vote 1916

Menacés en Europe, quand le gouvernement Espagnol met à mal la liberté des femmes de disposer de leur corps via la remise en cause du droit à l’IVG, quitte à les mettre gravement en danger.

Menacés en France, quand certains et certaines député-e-s vont jusqu’à proposer le déremboursement de l’avortement, un droit fondamental.

Sur le plan des libertés individuelles, les Radicaux sont toujours vigilants, intraitables. De la même manière que l’IVG est une liberté fondamentale, nous réaffirmons que chacun et chacune a le droit de vivre et de mourir dans la dignité. Le cas de Vincent Lambert nous démontre les limites de la loi Léonetti et la nécessité d’aller plus loin pour permettre aux équipes médicales de mettre fin aux souffrances des patients qui n’ont plus aucun espoir de retrouver leur autonomie, leur dignité.

Dans la tempête, disais-je, je veux tout de même observer avec enthousiasme la mobilisation de tous les progressistes européens contre cette attaque réactionnaire des droits des femmes. C’est d’ailleurs là l’objet de mon propos : l’opportunité historique que représente l’Europe. Souvenons-nous de son objet premier, faire l’union pour empêcher la guerre. Des deux conflits mondiaux que j’évoquais a germé une idée pleine de promesses, celle d’un projet européen qui garantisse la prospérité pour sa population.

2014, c’est une année de commémoration mais c’est aussi une année pleine de perspectives. Nous élirons en juin les prochains représentants au Parlement européen. Rappelons que depuis 2009, le Parlement européen codécide, à égalité avec le Conseil de l’UE. C’est une avancée vers une Europe fédérale qui redonne de la souveraineté aux peuples face à la technocratie bruxelloise. Un rendez-vous majeur mais qui peine pourtant à faire rêver nos concitoyens.

L’Europe est souvent trop loin, trop figée, trop technique. C’est souvent sur sa rigidité que viennent se fracasser les velléités des dirigeants progressistes et en son nom que s’érigent les murs qui nous privent de nos marges de manœuvre.

Pourtant, j’en suis convaincu, il n’y aura nul salut dans l’échec de l’Europe. Comme l’a très justement dit François Hollande lors de sa conférence de presse, il nous faut aller beaucoup plus loin dans l’harmonisation des règles fiscales et sociales des pays de l’Union et particulièrement des règles Françaises et Allemandes. Saviez-vous que, d’après l’ONG Oxfam, les 85 personnes les plus riches ont une fortune égale aux revenus de la moitié de la population mondiale ? C’est pour changer les règles du jeu que l’Europe a vu le jour, parce qu’avec des règles commerciales faussées, la croissance économique ne peut servir qu’à une élite fortunée. Espérons, à cet égard, qu’un SMIC voit rapidement le jour chez nos amis d’outre-rhin, pour mettre fin au dumping déloyal que subissent nos filières, je pense notamment à l’agroalimentaire, et enfin mieux redistribuer les richesses.

Espérons également que l’Europe retrouvera ses ambitions premières : celles d’être un grand marché commun, sans pour autant être le dindon de la farce de la mondialisation. Allons vite vers l’instauration d’écluses douanières pour protéger notre marché de la concurrence déloyale qui fait pression à la baisse sur les acquis sociaux et les salaires. Disons-le clairement, pour accéder au marché européen, les entreprises ne peuvent continuer à aller au moins-disant social, au mépris des normes environnementales. À cette condition, nous pourrons engager un grand plan de relance européen comme le souhaite François Hollande.

Le Président de la République a fait preuve de volontarisme et de détermination pour faire avancer l’Europe. Il évoquait aussi la création d’une grande entreprise franco-allemande pour la transition énergétique, un souhait de très bon augure.

En effet, s’il est un secteur qu’il nous faut investir, c’est bien celui-là. Nous avons commencé à le faire localement. Souhaitons par exemple toute la réussite au projet de méthanisation du Coglès dont nous étudions actuellement les possibilités de gouvernance.

Cette transition énergétique est source de plusieurs opportunités. D’une part, il y a un moyen d’abaisser des charges qui pèsent autant sur les budgets des particuliers que sur les entreprises. Notons au passage qu’en matière de compétitivité énergétique, la France devance l’Allemagne. Poursuivons nos efforts dans ce sens et cessons de nous auto flageller continuellement.  D’autre part, il y a là également un soutien important aux innovations pour explorer les nouvelles sources d’énergie. Enfin, c’est la source d’un développement durable, en cherchant à optimiser les écosystèmes.

Bref, l’avenir est sur le pas de la porte, laissons-le entrer. Développer les énergies propres semble être un jeu auquel tout le monde gagne.

Je tenais également à saluer les annonces du Président de la République en matière de réforme territoriale. Nous devons tout à la fois concilier un besoin de relocaliser la décision et de mutualiser les outils et les services pour les optimiser. Les Radicaux ont toujours été au travail sur la question des territoires, de l’opportunité de renforcer les intercommunalités.

2014 sera donc l’année de ces chantiers. Et, pour voir le verre à moitié plein, rappelons-nous de la chance que nous avons en Ille-et-Vilaine. Nous avons un département très attractif, avec près de 10 000 nouveaux Bretilliens chaque année. Nous avons une ville qui deviendra Métropole, ce qui participera au développement de tout le territoire et à son rayonnement. Au Conseil général, nous avons 4 000 agents de qualité qui sont engagés et mobilisés pour mettre en œuvre nos politiques publiques, en témoignent les rencontres « On se connaît ? ». Notre territoire a des grands projets, la Ligne Bretagne Pays-de-la-Loire – l’un des plus grands projets ferroviaires européens en cours – ou l’aéroport Grand Ouest dont nous souhaitons qu’il avance en 2014 pour donner des ailes à l’ouest.

L’année qui s’ouvre devant nous est enfin importante parce que c’est l’année où l’issue de la crise est attendue, autant que le retour à l’emploi… Importante parce que les promesses doivent se transformer en actes. 92 %. Oui, 92 % des Français ne croient plus en leurs représentants.

Les racines du mal sont profondes et ont été depuis longtemps analysées. Je pense par exemple au sociologue Alain Erhenberg et à son ouvrage “le culte de la performance”. Il nous dit en substance que le mythe de la réussite, de la performance a entraîné une hypertrophie de l’autonomie, de l’individualisme. Elle se traduit par la croyance que les autres ne peuvent rien. Avec une idée sous-jacente : malheur au vaincu. Dans ces conditions, promettre ne nous rend pas crédible. En réalité, lutter contre cette autonomie passe par la responsabilisation et l’engagement des uns et des autres.

C’est le sens de l’intervention de François Hollande lorsqu’il a pris ce que certains ont pu qualifier de tournant social-démocrate. Il n’a en réalité fait qu’affirmer tout haut ce qui se lisait dans son programme de 2012 et plus largement dans sa propre posture politique : celle d’une démarche impliquant l’ensemble des partenaires sociaux, celle du primat de la négociation entre l’Etat et les partenaires sociaux, une démarche dans laquelle nous nous reconnaissons pleinement.

Les députés radicaux de gauche l’ont bien senti en rapprochant François Hollande du suédois Olof Palme, un modèle d’économie sociale de marché qui ne peut être obtenu qu’avec un dialogue social fort qui donne une vraie parole au monde syndical et à l’ensemble des composantes du monde des employeurs.

Le Président s’engage dans une politique de l’offre, en réponse au manque de compétitivité de certains de nos secteurs. Cet engagement en faveur des entreprises devra avoir des contreparties. Renflouer les taux de marge des entreprises, historiquement faibles, est une nécessité mais nous devons nous assurer que ces gains iront bien à l’investissement et non à la rémunération du capital. Rappelons-nous qu’au début des années 80, Yvon Gattaz alors président du CNPF, promettait 470 000 emplois en échange de l’instauration d’ « emplois nouveaux à contraintes allégées ». Au retour de la droite aux affaires, Jacques Chirac lui donnait satisfaction, les emplois ne furent jamais au rendez-vous.

Le gouvernement agit avec force, fait des efforts historiques, il est en droit de réclamer du patronat une mobilisation générale qui ne supportera ni frilosité, ni caprice.

Gageons donc que tout cela réussisse, choisissons le verre plein, c’est aussi cela l’économie.

Très bonne année à tous.

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